jeudi 22 septembre 2016

Des histoires de cochons...

Trois petits livres aux couvertures roses cochon imprégnées du conte des Trois petits cochons. 
Purée de cochons de Stéphane Servant et Laëtitia Le Saux. Un loup attrape trois petits porcelets. Il n'a qu’une hâte, les déguster en purée avec une carotte et deux navets. Halte là, pas si vite ! A-t-il lu la recette ? Demande l'un des petit cochon. Non, il ne sait pas lire. Ça tombe plutôt bien pour les trois porcelets qui lui font croire que la recette qu'il compte réaliser n'est pas la bonne, pour la purée. Ils profitent de sa méconnaissance des lettres et des mots pour l’envoyer par monts et par vaux chercher des ingrédients. Il faut penser à tout pour repousser l'instant du trépas. En chemin, le loup rencontre des personnages de contes qui l'aident dans sa quête tout en lui indiquant que franchement, il devrait apprendre à lire. il croise des panneaux aussi dans lesquels il tombe. Les petits cochons le font tourner chèvre jusqu'à ce qu'il rencontre une grand-mère qui ne le lâchera pas tant qu'il ne maîtrisera pas la lecture. Et lira bien qui lira le dernier... * Coup de cœur *


Il était 3 fois de Davide Cali et Roland Guarrigue. Dans ce grand album aux trois histoires tirées par la peau du porcelet dodu, et un bien sûr des trois petits cochons, il y a du cochon, du cochon, du cochon, c'est vrai. Mais il y a surtout du loup. Du loup qui pourrait bien faire un burn-loup tellement il n'a pas de bol dans la première histoire. Il souffle, il souffle, il souffle sur toutes les maisons, pas un cochon à l'horizon. Ah ! Si à l'horizon, là, loin là-bas, ils vivent tous dans une tour, des apparts et des apparts de cochons entassés... Impossibles à déloger. A bout de souffle, il reprend le chemin de son réfrigérateur, le loup, et s'avale une boîte d'haricots rouges. A défaut de pilules... Et peu importe que la boîte de conserve soit au frais, la mine déconfite du loup remporte la palme : c'est clairement la fin de haricots. Burn-loup aussi quand il se fait malmener par son environnement de cochonsEn bon voisin, alors qu'il apprend qu'un ouragan arrive, Jean-Loup le gentil loup souhaite aider son prochain. Mais le prochain c'est un cochon pas sympa. Pour le prévenir, alors qu'il ne répond pas, il passe par la cheminée, reste coincé, et bim se retrouve en prison. C'est vrai que son voisin était à croquer, mais quiproquo avec les policiers, s'il s'est envolé ce n'était pas sa faute à lui. Et bien tant pis, on sait où il croupit.Et ce n'est pas fini, dans la troisième histoire, la rencontre avec les cochons vire au cauchemar. Est-ce qu'il y a pire que finir en prison ? On dirait bien oui. Burn-loup, on vous dit. Et * Coup de cœur * aussi parce qu'on a bien ri. (a-t-on déjà vue une telle trombine de loup ? Je ne crois pas, non...).
Les trois petits cochons moustachus d'Aimée de la Salle et Vanessa Hié. Remuants, bruyants, gourmands, les trois petits cochons de cette histoire là ne tiennent pas en place. On dirait bien qu'il est temps pour eux de quitter leur soue natale pour barbouiller de leurs propres ailes. C'est en tout cas ce que leur indique leur maman en les mettant gentiment à la porte, non sans recommandation. "Les gros mangent les petits". Compris, Mux, Max et Mix ? On dirait bien que pour deux d'entre eux, cette phrase est passée à travers leurs oreilles sans s'arrêter, alors que Mux, lui, marqué par l'histoire du grand méchant loup dans le Petit Chaperon Rouge, retrousse ses manches pour construire une belle maison, bien solide. Les deux autres moins courageux se contentent de paille et de bois, rien de bien sûr devant les pets du loup. Et oui, parce que le loup arrive, forcément et qu'il ne souffle pas par la bouche. C'est à coup de pets - rires garantis - qu'il veut se payer du jambon... Y parviendra-t-il vraiment ? Mux va lui mener la vie dure ! Une histoire joyeuse à lire et à écouter, des illustrations pétillantes, heu... pétantes! 
Ecouter des extraits sur le site de l'éditeur ici
*** Les références ***

 Purée de cochons de Stéphane Servant et Laëtitia Le Saux Editions Didier Jeunesse-  avril 2016 - 12,50 € - à partir de 4 ans 
* Il était 3 fois * Les trois petits cochons de Davide Cali  illustré par Roland Garrigue - Editions Nathan - octobre 2015 - 14,90 € - à partir de 4 ans
 Les trois petits cochons moustachus Aimé de la Salle, illustré par Vanessa Hié Editions Didier Jeunesse, un livre, un CD -  septembre 2015- 17,70 € - à partir de 3 ans 

dimanche 11 septembre 2016

Rêve général !


Dans le désordre de Marion Brunet, le roman uppercut de mon printemps très occupé. Un coup de poing gauche levé et final, du genre de ceux qui  se hissent droits et forts comme un souffle de vie, des souffles de vie, la jeunesse rebelle, croquée au présent. Comme à l'ancienne, elle trace son début de vie d'adulte dans cette histoire singulière dans sa construction et collective, solidaire, rebelle et fraternelle dans ce qu'elle livre. La jeunesse, brossée en portraits croisés, celle par laquelle on est à peu près passé, sans trépasser, nous. Sans oublier non plus. Les sensations des manifs, les lacrymos qui piquent et qui font pleurer, la fac bloquée, inaccessible, occupée. Le rectorat, la fameuse Présidence, ou bien encore les parvis de Bastille à Répu, de Répu à un café, à une nouvelle AG, à un appart squatté, à un lieu occupé, à un préfabriqué de la Fac encore, ça tourne pas en rond, le F le préfa si possible, si Rennes 2. Les collages de nuit, les réunions sans chef (mais avec leader, ben si), les chansons, les actions, les diff du petit matin, les slogans peints sur des cartons de récup, des draps maintenus par des manches à balai. N'oublions pas les trous pour laisser passer l'air et éviter la prise au vent, le café noir, le croissant parfois en début de mois au petit matin de ces nuits de collage ou d'occupation. J'écris ça dans le désordre, comme ça vient, comme je m'en souviens, moi des miennes, de ces années qui ont pris quelques rides et quelques ampoules aussi, sous les pieds. Nous étions plein. Ils sont plein aussi, des camarades. On dit aussi des copains dans le milieu et puis un jour il arrive qu'on devienne ami, et puis un jour aussi qu'on se dise oui, pas pour la vie, on n'est pas comme ça, non, pour un bout de chemin, et deux trois autres trucs aussi. Ils sont sept en particulier. Ils se rencontrent en pleine manif, au moment où ça dérape, où ça castagne, où  ça lacrymo,  où ça tabasse où ça panier à salade où ça garde à vue. Ils ne viennent pas des mêmes horizons, prolo,bourg', bobos, 3e génération aussi ou 2e peut-être, enfant d'immigrés. Pour certains l'avenir aurait été tout tracé, en droit, filles et fils à papa. Pour d'autres dès le départ c'était plus compliqué, alors ils se sont tirés et se sont retrouvés presque par hasard dans un vent libertaire aux empreintes de chat noir hérissé, dans un squat à occuper. ça discute, ça fomente, ça picole, ça fume, ça lit, ça refait le monde; ça s'aime aussi, ça découvre, ça joue, ça s'aime encore Jeanne et Basile. ça saigne, ça pleure, ça se vide, ça lutte, ça revient, ça hargne. Colère. Marion, on s'y croit. On y est. L'écriture de l'auteure équilibrée, rythmée et très construite, brosse de l'anar comme si on y était. Révolte, squat, descente de bière, de flics, fougue, hargne. T'y étais, hein ? Et puis il y a eu Rémi Fraysse et t'y es retournée parce qu'on peut pas laisser comme ça un môme le crâne brisé sur le bitume parce qu'il dit non, parce qu'il crie non, parce qu'il rêve comme nous, d'une autre société. Parce qu'il rêvait, plutôt. Stop. Clap de fin. Amis, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines. Le môme c'était notre pote, c'était le copain avec qui tu diffes le jeudi matin à 5h00 en entrée de boîte, c'était peut-être notre neveu ou notre fils aussi. Parce que les chats électrisés ne font pas des chienchiens à leur mémère. J'ai mis du temps à me remettre de ce bouquin qui m'a clairement retourné la tête, bouleversée et fait émerger des tas d'images d'avant. On n'a pas les mêmes on ne vient pas des mêmes mouvements, mais on a forcément fait des vagues ensemble. Et ça continue, la vie. Pour Jeanne aussi.

On n'est pas des moutons ! de Claire Cantais et Yann Fastier, Parce qu'il n'y pas d'âge pour regarder la société comme elle est, pour s'étonner de ce qui est étonnant, pour ne pas faire pousser d’œillère ou d'idées guerrières, parce qu'il n'y pas d'âge pour questionner, demander des réponses, s'intéresser à la politique, philosopher, dire et grandir égalité, il y a La Ville Brûle, une maison d'édition qui ne fait pas mine de mettre les pieds dans le plat et proposant aux jeunes lecteurs, de quoi nourrir ses idées et ne pas gober les préconçues, les prés carrés ni accepter la précarité.  On n'est pas des moutons, non, "pas un mouton derrière un autre mouton et trois et quatre et mille moutons, bêlant, broutant, crottant en chœur", on n'est  pas des petits singes savants, ni une autruche la tête dans le sable, ni une fourmi ultra travailleuse pour la reine et rien pour sa pomme. On n'est pas des cochons engraissés au burger et à la boisson à bulles sucrée et marron. On n'est pas des carpes muettes, des gentils toutous... dans cet album la société se fait mettre en boîte par des portraits d'animaux grinçants, une version pop et efficace de l'Animal farm.
*** Les références ***
Dans le désordre de Marion Brunet - Editions Sarbacane - janvier 2016 - 15,50 € - Dés 13 ans
On n'est pas des moutons ! de Claire Cantais et Yann Fastier - Editions La ville Brûle - mars 2016 - 13 € - Dés 4 ans

mercredi 7 septembre 2016

Mais alors vraiment pas envie !


Non. Non, non. J'ai pas envie. De un, je n'irai pas, de deux vraiment j'veux pas. Et c'est pas que je ne connaisse pas moi. C'est pas la peur de l'inconnu, de la nouveauté. Non non. C'est la rentrée, je reprends le chemin et vraiment là où je vais, je ne veux pas. Parce qu'à la question qu'est-ce que je fais là, je réponds que je sais, certes, mais que vraiment c'est pas juste. Alors j'agis au lieu de devenir toute rabougrie, je tisse, je toile, je dessine doucement de nouveaux horizons dont je pourrai parler bientôt. Parce que c'est important, l'horizon. C'est vrai ça, sinon ça me tout embrouille dans ma tête et dans mon cœur et ça me tout bougon dans mon ventre, je deviens grognon et ça je ne veux pas, c'est pas moi. Il y a ces petites fleurs de bonne humeur à faire pousser, il y a ces petites graines qui sont plantées et qui sont prêtes à évoluer. Il faut bien l'accompagner cette bonne humeur chez nos mouflets d'ailleurs, planter, installer, bien arroser et regarder comme ça grandit. Et l'inquiétude, et le stress, et l'angoisse, on accueille, on polit, on lisse... Mais au fait lui là, pourquoi il veut pas ? Où n'ira-t'il pas ? 

C'est à ces questions que se sont amusées à répondre Ghislaine Roman et Csil dans ces deux petites merveilles. J'veux pas y aller ! Où ça ? A la piscine forcément, les indices se bousculent sur la couverture : bonnets, tuba, canard, lunettes mais ont su malicieusement se coincer en bas de page pour se faire discrets et un brin mystérieux. Alors pourquoi ne veut-il pas y aller, lui ? Parce que ça va lui piquer les yeux. Et lui ? Parce que son maillot est trop petit. Et elle ? Parce que le bonnet va la décoiffer... Une collection de petits mômes se passe le relais, page après page, pour décliner non pas leur identité - bien que leur bouille en dise beaucoup - mais leur excuse. Et au final, tous dans le bain, peut-être avec le dit souci, mais avec le sourire aussi. 
Clac quand il a été annoncé, je me suis dit bien joué ! Et il est arrivé, au même format, avec le même univers et une couverture à l'illustration mystère que l'on comprend par la suite après avoir découvert le livre. Non, j'irai pas ! Tout frais pour la rentrée car où l'enfant ne veut-il pas aller ? A l'école cette fois. Et les très bonnes raisons s'enchaînent, et les mines déconfites aussi qui accompagnent petits dégoûts, peurs et manque de confiance en soi. De la peinture qui salit, la lecture oui mais plutôt pour les autres, à l'école aussi on y mangerait des vers de terre, on apprendrait à compter - truc dingue - encore plus que ce qu'on a de doigts et surtout surtout, tu ne trouves pas que là, je suis trop petit ?  Doux, drôles, tendres, et tout plein de fraîcheur ces albums donnent de la candeur à la rentrée ! ! *** coup de cœur ***.
     


Et moi dans tout ça, oh ben j'y suis allée finalement. Et puis même si c'est pas mon travail rêvé et que certainement il ne durera qu'un temps, qu'est-ce que je les aime bien mes collègues. Parce que ce que je ne vous ai pas dit, c'est que parmi elles, il y a ... des copines et j'en souris aussi.


*** Les références ***
J'veux pas y aller ! de Ghsilaine Riman et Csil - Editions Frimousse - 2016 - 13€ - à partir de 3 ans
Non, j'irai pas ! de Ghsilaine Riman et Csil - Editions Frimousse - 2016 - 13€ - à partir de 3 ans